La reconstruction mammaire par grand dorsal


Catégorie : Mon parcours
Le 18 décembre 2020

Depuis le 21 juin 2016, je pense à cette intervention… 4 longues années où je suis restée asymétrique. Je suis restée avec un sein en moins, à cacher mon décolleté en me baissant de peur que les personnes en face de moi voient ce trou béant.

Il en aura fallu des discussions avec mon chirurgien : comprendre la technique, attendre le bon moment, rassurer, réexpliquer la technique, rassurer. En août de cette année, nous avons planifié une date au 17 novembre 2020.

Le deuxième confinement a pointé le bout de son nez. Les interventions non prioritaires ont été reportées, mon intervention a été reportée. J’étais en colère de ce report car psychologiquement, cette opération, c’est l’opération de 4 ans d’attente. Et une fois que le patient se sent prêt, il est important de faire aboutir son envie, son choix : franchir le cap et y aller.

4 ans d’attente qui n’auront pas été perdues, j’ai toujours eu cette volonté et cet espoir d’avoir un autre enfant. Alors, plutôt que de gâcher le travail du chirurgien, en mettant une grossesse en route en post opératoire, j’ai préféré attendre. Zoé est arrivée et j’ai d’ailleurs pu allaiter 8 longs mois. Une grande victoire pour moi et n’ayant amené aucune rancœur face à cette attente.

Finalement, j’ai reçu un appel du chirurgien le 20 novembre… Les opérations allaient pouvoir reprendre à compter du 30 novembre. Nous planifions mon intervention au vendredi 04 décembre.

Le principe

L’opération reste quelque chose d’incroyable : récupérer le muscle du grand dorsal et le tourner en conservant sa vascularisation au niveau du sein. Il y a de quoi rester perplexe sur la récupération post-opératoire. On me rassure pourtant : le chirurgien m’assure que mon jeune âge est un avantage à cette récupération ainsi que ma condition physique. En effet, le grand dorsal est considéré comme un muscle dit accessoire. 80% de ses facultés peut être effectuées par les autres muscles du dos et de l’épaule. Des amies ayant vécu cette intervention me rassurent sur leur mobilité actuelle et sur le déroulé de l’intervention.

Ce muscle ne suffira pas pour faire un volume équivalent à ma poitrine d’origine alors il va falloir prélever de la graisse pour l’injecter dans mon sein.
Je serai positionnée de côté pendant toute la durée de l’intervention qui durera de 3 à 4h. De la graisse sera donc prélevée sur ma hanche gauche pour cette première intervention.

Il s’en suivra 2 autres interventions dans respectivement 3 et 6 mois.

En février, nous reprendrons le sein « sain » afin de l’harmoniser suite aux effets du temps, de la gravité et de l’allaitement… Pour faire court, pour le réduire et le remonter. Et nous injecterons un peu plus de graisse dans le sein reconstruit afin que son volume soit équivalent au sein « sain ».

La dernière intervention, sur fin mai, est, de nouveau, un travail de symétrisation avec un remplissage de graisse et peut être que nous travaillerons sur l’aréole. Ce sujet reste encore à discuter avec le chirurgien.

La préparation pré-opératoire

Organiser mes grandes étapes de la vie, c’est un peu mon leitmotiv : je veux être dans la maîtrise, je veux tout savoir, je veux utiliser les médecines complémentaires alors je consulte. Je me suis fait prescrire de l’homéopathie pour gérer : le stress, les effets de l’anesthésie, les hématomes à venir, la récupération musculaire. Je fais du sport quotidiennement depuis septembre afin de garder mes muscles en activité pour palier au manque de l’un d’entre eux.

Malgré cela, je reste très stressée durant la semaine qui précède cette intervention. Je n’arrive pas à me projeter sur ma mobilité future et je pense à Zoé et à mes tâches au quotidien que je ne pourrais peut être plus effectuer. Je veux être constamment dans la maîtrise et pour le coup, je dois faire confiance au chirurgien.

Le Jour J

Avant l’intervention

Je suis convoquée à 07h au Centre Léon Bérard. J’habite à 15minutes à pied de l’établissement. Je pars donc sous la pluie avec ma grosse valise. En effet, les visites sont proscrites durant mon séjour à cause de la COVID.

Je suis accueillie avec une dizaine de personnes qui doivent également se faire opérer le matin. Après mon enregistrement, je dois me changer avec la tenue caractéristique du bloc opératoire. J’envoie un dernier message à ma famille et mes amis pour leur donner un peu de visibilité.

Le chirurgien m’attend avec 2 internes et nous procédons à une séance de peinture sur corps… Il trace tous les repères de l’intervention notamment au niveau de mon dos, de mes hanches et de la forme de mon sein.

Je suis emmenée en salle d’intervention. Tout se fait dans la bonne humeur. L’infirmière anesthésiste est top. Elle me fait penser à mon amie Anne. Je me dis qu’elle doit être certainement top comme elle avec ses patients. L’anesthésiste est plus concentré mais est très sympa aussi. Il est concentré car avant l’anesthésie générale, je dois bénéficier d’un bloc para-vertébral.

Le bloc para-vertébral est une technique d’anesthésie locale utilisée principalement dans les chirurgies du sein ou du poumon. 2 injections sont réalisées près de la moelle épinière. Elle peut faire effet jusqu’à 72h. Elle consiste à réduire et soulager la douleur après la chirurgie. Cette douleur peut être très intense notamment les 24 premières heures.

J’ai la chance d’avoir de la musique et notamment Coldplay pendant cette anesthésie. Mais à l’instant où on me pique, assise sur la tête d’opération, le dos rond, retenu par un brancardier pour éviter que je tourne de l’œil, les larmes roulent silencieusement sur mes joues ou plutôt dans le masque.

J’entends les mots rassurants de l’infirmière, je m’excuse de ces larmes mais elles représentent finalement un lâcher prise sur cette intervention et sur les 5 dernières années qui viennent de se passer. Je pense que je prends conscience du chemin parcouru à ce moment là et je pense à mon amie qui va devoir peut être ouvrir à son tour cette nouvelle parenthèse de sa vie alors que la mienne se referme… Encore une date symbolique…

Le bloc a été posé, tout va bien. Je n’ai pas de douleurs. J’avais 4 ans auparavant bénéficié de cette technique lors de ma mastectomie qui avait été suivie d’une crise d’angoisse.

Le personnel m’aide à m’allonger de nouveau. L’infirmière me dit qu’on va me mettre un masque avec un peu plus d’oxygène. J’ai les bras en croix. L’anesthésiste m’explique que je vais ressentir de la chaleur (ou du froid, je ne sais plus) remonter le long de mon bras. Je ne me souviens finalement pas à quel moment j’ai fermé les yeux. La dernière image que j’ai en tête est l’éclairage au dessus de ma tête et j’entends les douces paroles de l’infirmière qui me rassurent… Coldplay est toujours là. Il est 08h30.

Je me réveille avec le visage d’un jeune homme au dessus de ma tête qui me demande si je vais bien. Je lui réponds que « oui », il me demande de me reposer mais revient 30 secondes plus tard (du moins, c’est ce que je pense) pour me poser les mêmes questions. Il m’explique alors qu’il vient toutes les 10 minutes et non 30 secondes. Il m’indique que je suis réveillée depuis 12h30 et que je ne vais pas tarder à monter en chambre. Je n’ai pas de douleur, simplement cette tête qui me tourne et cette envie de dormir encore…

Mon retour en chambre

Retour en chambre

Je remonte en chambre vers 14h30, je peux alors prévenir mon entourage que tout s’est bien passé. L’après midi passe très vite car j’ai l’impression d’être narcoleptique. Je m’endors dès que je pose ma tête sur l’oreiller.
Le chirurgien passe me voir dans l’après midi pour me dire que selon lui tout s’était très bien passé. Il me laisse me reposer en attendant qu’il repasse le lendemain.

Une infirmière m’aide à ranger mes affaires. Elle trouve dans mon sac la plus mignonne des attentions que nous accrochons dans ma chambre.

Cette attention qui rebooste

J’ai le droit à un premier repas le soir : soupe et omelette. Mais je n’ai pas d’appétit. A force d’avoir dormi toute la journée, je dors très mal la nuit. J’essaie de trouver le sommeil mais dès que je pense y arriver une infirmière arrive pour vérifier mes redons et mes constantes.

Elles passeront toutes les 2h dans un premier temps puis toutes les heures car un redon produit anormalement de liquide.
J’angoisse un peu car j’ai l’impression de reproduire ce qui c’était passé 4 ans auparavant. Lors de ma mastectomie, j’ai fait une hémorragie. Nous avons du retourner au bloc moins de 24h après la première intervention.
Le lendemain matin, le chirurgien ne semble pas davantage inquiet alors je suis rassurée de mon côté.

Malheureusement, mon redon ne fait plus appel d’air, le sang a donc du mal à s’écouler dans la bouteille. De nouveau, l’angoisse car je l’avais aussi vécu il y a 4 ans. Le sang sortait à même la peau en tachant tous mes vêtements… Les infirmières m’expliquent que cela arrive, qu’il peut y avoir une fuite dans toute cette installation. Elles changent néanmoins une partie du redon à un endroit qui me semble fuyant et la magie opère! Plus de problème de redon… Me voilà encore rassurée.

Les nuits ne sont pas très reposantes. Entre le passage des infirmières, la douleur qui se réveillent, l’engourdissement dans les jambes et la difficulté à trouver sa position pour dormir, je galère un peu. Je commence à trouver le temps long sans visite. J’ai hâte de rentrer pour retrouver mon lit, mon mari, mes enfants.

La réappropriation de soi

Je pense que mon cerveau s’est quelque peu déconnecté. Lorsque le docteur a retiré le pansement le jour de ma sortie pour voir les cicatrices, j’ai regardé. Je n’ai pas réagi.

J’ai une masse à la place du sein mais je n’ai pas pu ne pas être bluffée par les cicatrices déjà très belles. Par contre, pour l’instant, cette masse : c’est du béton! J’ai très peu de sensation au toucher. Tout doit se consolider.

Le chirurgien m’a rappelé que ce n’était pas le résultat définitif. 2 opérations suivront avant de pouvoir juger de l’esthétisme de cette nouvelle poitrine.

Quoiqu’il arrive, je rentre chez moi sans prothèse et avec un nouveau sein…

Retour à la maison

Je suis finalement rentrée une journée plus tôt que prévu avec un seul redon. J’ai besoin de soins infirmiers tous les 2 jours. Tous les 2 jours, je regarde quelques secondes ce nouveau sein afin de m’en imprégner psychologiquement. Les cicatrices sont vraiment très belles. Mon sein dégonfle. Il est inexorablement plus petit que l’autre…

Je suis contente d’être en hiver afin de pouvoir gérer cela plus confortablement. Je dois aussi porter une gaine maillot de bain pour maintenir mon dos et éviter la production de lymphe. Une collection de lymphe peut se créer dans le dos en provoquant une poche. Cette poche doit être ponctionner et peut être très douloureuse. Cela ne m’arrivera pas. Je récupère très bien en post opératoire.

J’applique régulièrement de l’hélicryse italienne sur mes hématomes qui sont assez conséquents. Ils disparaissent d’ailleurs néanmoins très vite.

Quelques hématomes à J+6

Les mouvements que je peux déjà faire me bluffent. Il m’aura fallu attendre un peu moins de 2 semaines pour reporter Zoé (en faisant le plus attention possible). Mettre le bras en l’air au dessus de ma tête n’est pas encore réalisable mais cela viendra avec le temps.

Mardi, j’ai rendez vous pour contrôler les pansements. La visite des infirmières ne devraient plus être nécessaires et le pansement devrait être retiré. A moi les douches quotidiennes! Car oui, aujourd’hui, je me douche 30 minutes avant l’arrivée de l’infirmière juste avant qu’elle ne me change mon pansement.

Je revois le chirurgien mi janvier pour planifier ma 2ème intervention aux alentours du 10 février.

Pour terminer

Je n’en suis qu’à la première étape de cette reconstruction mais je suis déjà plus que satisfaite de ce qu’il s’est passé jusqu’à présent.

De la prise en charge en passant par l’aspect physique aussi tôt, je suis très contente. C’est vraiment un type de reconstruction que je recommande pour les femmes ayant plutôt une bonne poitrine comme moi et qui restent très actives.

Je vous refais un petit topo de l’intervention numéro 2 d’ici quelques mois. Je peux d’ores et déjà vous remercier pour vos messages, attentions reçues depuis ces quelques semaines et je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d’année!

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Qui suis-je?

Je m'appelle Laurie, j'ai 36 ans, mariée et un petit garçon de 6 ans. Je vous explique comment j'ai ressenti le besoin de développer un projet dédié à l'après cancer. Décembre 2015, après la découverte d'une boule dans mon sein gauche, la sentence est vite tombée : Cancer du sein canalaire infiltrant de grade 3.